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mardi 7 février 2017

Psychopathie - les origines biologiques et l'influence de la génétique




Les théories étiologiques de la psychopathies s'orientent généralement vers deux voies distinctes : selon certains auteurs, la psychopathie est un trouble d'origine organique, génétique. D'autres auteurs pensent plutôt que les particularités génétiques constituent seulement un terrain propice au développement de la personnalité psychopathique.

Nous commencerons par évoquer les théories des origines dynamiques et biologiques.

Théorie neurobiologique

Deux types d’agressivité sont ciblées, l’agressivité affective (la peur, l’irritation, …) et l’agressivité prédatrice. Ces deux types d’agressivité suivent des voies neuroanatomiques distinctes mais sont contrôlés par des neurotransmetteurs différents.

  • L’agressivité affective résulte de stimuli externes ou internes menaçant qui provoquent une activation intense et structurée du système nerveux autonome et elle s’accompagne de vocalisations menaçantes et de postures d’attaque ou de défense. De nombreuses voies sont étroitement liées au tractus spinothalamique et à la substance grise périaqueducale.
  • L’agressivité prédatrice est ciblée sur la destruction de la proie, en vue d’obtenir de la nourriture chez les espèces animales. Ce comportement implique une excitation minimale du système autonome et des vocalisations, et pas de rituels comportementaux élaborés. Il peut y avoir suppression sélective des autres afférences sensorielles et elle peut comporter des modèles de mise à mort spécifiques de l’espèce. Les voies neuroanatomiques semblent des projeter à partir de l’hypothalamus dans le ventricule tegmentum du cerveau médian.
Lorsqu’un chat domestique se trouve acculé et menacé, le système neurochimique provoque une démonstration d’agressivité affective : sifflement, poils hérissés, pupilles dilatées, griffes sorties, … Lorsque ce même chat chasse un oiseau l’agressivité prédatrice domine : démarche coulée en direction de la proie, absence de démonstration ritualisée, attention focalisée sur la cible.

L’agressivité prédatrice est la marque de l’individu psychopathe, qu’il agisse dans un acte de violence primitive contre un inconnu ou dans un acte de vengeance techniquement élaboré contre un associé en affaires.

Quatre neurotransmetteurs semblent jouer un rôle essentiel dans l’agressivité. La sérotonine, les catécholamines, norépinéphrine et dopamine, et l’Acétylcholine. Sont chacune corrélées de façon distincte avec les démonstrations comportementales de l’agressivité affective et prédatrice. La sérotonine semble être impliquée dans l’inhibition de l’agressivité à la fois prédatrice et affective. Un faible taux relatif de sérotonine peut constituer un facteur dans l’augmentation des tendances à l’irritabilité, à l’hostilité, et à la violence, les individus ayant un faible taux de ce neurotransmetteur ne sont pas à même de contrôler leur comportement de façon adaptée lorsqu’ils se sentent menacés.

Les catécholamines la norépinéphrine et la dopamine semblent être positivement corrélées avec l’agressivité affective et négativement corrélées avec l’agressivité prédatrice. Les effets différentiels de ces neurorégulateurs sur deux formes d’agressivité pourraient refléter l’action séparée de groupes de neurones libérant un régulateur identique ou correspondre à des sites de réception bien différenciés.

L’acétylcholine ou activation du système cholinergique semble être positivement corrélée avec l’expression des deux types d’agressivité, la prédatrice et l’affective. La modulation de l’acétylcholine cérébrale par les projections de la dopamine et de la sérotonine, a également été démontrée.

Théorie métabolique

Lorsqu’un individu est confronté à une situation anxiogène, son rythme cardiaque s’accélère, ce qui réduit son attention aux signaux externes, aboutissant à l’incapacité de traiter les informations sociales. Ceci risque de rendre inadapté le comportement de l’individu.

Le dysfonctionnement des lobes frontaux semble aussi en cause dans les conduites antisociales en général, et la violence en particulier.

On peut trouver des rétrospectives d’individu violent ayant fait un électroencéphalogramme. Ce qui permet l’étude des corrélations neuroanatomiques.

L’activité EEG chez les individus habituellement agressifs est caractérisée par un excès d’activité lente ou d’activité rapide.

Théorie hormonale

Le fait biologique que le système neurologique gouvernant l’agressivité est sensible aux hormones, dérive de la constatation qu’une concentration d’androgènes basse augmente le seuil nécessaire au déclenchement de démonstrations agressives. C’est une constatation de Valzelli en 1981. Toutes les formes d’agressivité décrites dans les études animales à l’exception de l’agressivité prédatrice semblent dépendre des androgènes et seraient entretenues par les hormones gonadotropes. Chez l’homme l’agressivité est aussi une activité à dominance mâle et semble constituer l’une des rares différences entre les sexes.

Mednick en 1982, a émis l’hypothèse que les taux de testostérone circulant influençaient l’agressivité chez les adultes et que les androgènes prénataux circulants prédisposaient le cerveau fœtal par un mécanisme biochimique à une agressivité ultérieure.

Dans les échantillons féminins, la période prémenstruelle peut aboutir à une véritable agressivité d’irritation. L’étude de certains registres de prisons montre une augmentation significative de crimes violents durant la semaine prémenstruelle (Dalton 1961). Elle est caractérisée par une chute du taux de progestérone et une concentration d’oestrogènes. Le taux élevé de prolactine, associé au faible taux de progestérone contribue à cette agressivité.

Le psychopathe sexuel, qu’il soit un violeur sadique ou un tueur en série, s’embarque dans un comportement violent qui stimule son excitation sexuelle. La proximité neuro anatomique des zones du sexe et de l’agressivité dans l’hypothalamus, ainsi que l’influence des androgènes sur ces deux zones, pourrait participer à ce phénomène.
Prédisposition génétique

Des études sur les jumeaux et les enfants adoptés, dévoilent des chiffres en accord avec l’hypothèse d’une composante génétique importante dans le comportement criminel. (Expérience de Schulsinger 1977). Cela dit, ces résultats sont à prendre avec des pincettes car les résultats datent de la fin des années 70, et sont rapporté par un conseiller en psychologie légale au Bureau Américain de la Psychologie Professionnelle.

Là où les expériences sociales d’un individu antisocial ne sont pas particulièrement criminogènes, il faut examiner les facteurs biologiques. L’importance des facteurs biologiques est plus limitée en matière de prédiction du comportement antisocial chez les individus qui ont connu des conditions sociales criminogènes dans le milieu où ils ont été élevés. Mednik 1982

Dossier réalisé par Yoann Bruneau et Stéphane Desbrosses